Luc Labenne 

Chasseur de météorite et collectionneur, portrait retranscrit de l'émission radio "Ciel & Espace". 

 

 

- Alain: Bonjour et bienvenue sur le podcast de Ciel & Espace, nous allons parler « Météorites » en compagnie de Luc Labenne ! Bonjour Luc.

 

- Luc : Bonjour Alain.

 

- J’ai du mal à vous présenter, car vous êtes d’abord marchand de météorites. Vous êtes le patron de Labenne Météorites, qui est une société privée et qui commercialise des météorites sur le marché mondial. Mais vous êtes, surtout et d’abord un passionné de ces cailloux tombés du ciel. Alors une question très simple : d’où vous vient cette passion ?

 

-Cette passion en fait a commencé dès tout petit déjà, à ramasser des cailloux dans des chemins. Je me souviens, tout petit, chez mes grands parents il y avait des chemins avec pleins de graviers et de petits cailloux… Et là je passais des heures, mais vraiment des heures, à regarder chaque cailloux. Alors je ne cherchais pas de météorites à l’époque, mais des fossiles, et d’autres minéraux… Des petits fossiles… parfois je trouvais un morceau d’oursin, et là je regardais dans un petit livre que j’avais, et j’étais juste ravi. Donc je dirais que ça a commencé là, la passion de regarder par terre.

 

- On vous regardait bizarrement non ? 

 

- Non ça va car comme j’étais enfant à ce moment là, on ne faisait pas très attention à moi à ce moment là… Voilà ça, ça a continué pendant très longtemps, et j’ai continué aussi à aller dans un club dans l’Aisne pour chercher des minéraux et fossiles. Ca ça a été quand même jusqu’à l’adolescence. Puis aussi finalement, l’astronomie s’est greffée à ce moment là, car mes parents m’ont payé pendant l’été des stages d’astro. J’en ai fais un à Toulouse, à la SAPje crois, la Société d’Astronomie Populaire. Puis j’ai fais un autre stage dans la Drôme, dans une ferme dont j’ai oublié le nom. Donc finalement tout ça s’est combiné un peu plus tard. J’étais étudiant à ce moment là, vers 18-19 ans. Mon père passait beaucoup de temps dans les déserts pour faire des raids, et je l’accompagnais de temsp en temps. Et j’ai lu un article à l’époque où des météorites avaient été trouvées en Algérie, sur des reg vraiment en quantité. C’était quand même étonnant le nombre de météorites qui ont été trouvées à ce moment là. Et de là je me suis dis : « Bon, voilà. Nous on sait avec mon père se rendre dans le désert facilement, on va chercher des météorites, ça ne devrait pas être compliqué. »

 

- Et vous vous souvenez de votre première météorite découverte par vous-même ?

 

- Alors oui, mais ça n’a pas été du tout pendant ces expéditions là ! * rires * Car on a fait 3 expéditions mais on a absolument rien trouvé. On a trouvé des outils lithiques préhistoriques, mais pas de météorites. Mais il faut savoir qu’aussi à l’époque, Internet en était à ses balbutiements, en 1994-1995, donc il n’y avait pas d’images disponibles pour voir à quoi ressemblait une météorite dans le désert. Donc je pense qu’on ne les a tout simplement pas vu. Mais la première météorite que j’ai vraiment découverte finalement, c’était un fragment dans le désert de l’Atacama au Chili, sur le site de la météorite de type pallasite connue sous le nom « Imilac ». Donc là c’était une petite pallasite. Là on s’est rendu avec mon père sur ce site là. C’était un site connu. Bon pas extrêmement, mais il y avait des morceaux retrouvés un siècle auparavant. Et on s’est dit qu’on allait chercher des météorites. Ça c’était la première.

 

- Quel métier faisait votre père pour vous amener si souvent en expéditions dans ces déserts ?

 

- Mon père était commerçant à l’époque, dans le prêt-à-porter. Et c’était vraiment… il se rendait assez souvent dans le désert, et moi j’y allais souvent  aussi à l’époque. Même en moto, je faisais des raids en moto * rires *.

 

- Et vous n’êtes pas devenu géologue ! Parce qu’à force de se pencher pour ramasser des cailloux… Mais vous êtes devenu médecin ?

 

- Oui. La médecine c’est venu un peu par hasard. Je ne peux pas dire que tout petit j’avais envie d’être médecin. Voilà, je commençais à faire des études, je me suis dis que médecine ça me paraissait intéressant au  niveau de la science, la curiosité que ça pouvait éveiller, donc je suis allé là-dedans. À aucun moment, ce qui est étonnant avec le recul, je n’ai pensé à être là-dedans, avec des études en rapport avec l’astronomie ou la géologie. Je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas d’explications ! Donc j’ai terminé mes études, et j’ai exercé comme médecin.

 

- Et puis ça ne vous a tout de même pas quitté.

 

- Non, c’était toujours là mais vraiment… à côté, je dirais. Et cette première météorite au Chili, ça a quand même déclenché pas mal de choses. D’avoir ça dans le creux de la main… Bon c’était tout petit, quelques grammes. Mais je me suis dis « Zut ! C’est incroyable ! J’ai quelque chose dans la main qui vient de l’espace, qui est tombé là, je suis au milieu d’un désert fantastique… », car le désert de l’Atacama est vraiment fantastique, ne serait-ce que pour le ciel.

 

- Alors vous aurez pu simplement les collectionner, les empiler sur vos étagères à la maison en essayant de faire la plus belle collection qui soit et rester médecin, qu’est-ce qui vous a fait tout d’un coup les vendre ?

 

- Alors au début pour les vendre, c’était bêtement un souci économique pour financer les expéditions. Car on s’est rendu compte assez rapidement que les expéditions sont assez coûteuses. Donc c’était un moyen de simplement financer ces expéditions et du coup d’être libres de repartir assez rapidement. Cela dit, on a eu rapidement un contrat avec une université en Allemagne, où ils s’engageaient à nous acheter un fragment de chaque météorite qu’on découvrait, mais à un prix fixe. Ca aussi ça participe au financement des expéditions.

 

- Quel intérêt pour l’université ?

 

- Et bien ils avaient un échantillon de chaque météorite qu’on découvrait, pour un prix qui a l’époque était vraiment très raisonnable.  Et cela peu importe le type de météorite. Par exemple, ils pouvaient tomber sur une chondrite ordinaire somme toute assez courante, ou des météorites rares ou même planétaires. Donc pour le même prix ils avaient un échantillon de tout. Nous, ça nous permettait d’avoir une classification de chaque météorite, de savoir ce qu’on avait trouvé, et éventuellement de le proposer à d’autres scientifiques qui  souhaitaient travailler dessus.

 

- C’était une affaire de famille chez vous la chasse des météorites, car vous dîtes « on » ?

 

- Alors oui, car pendant longtemps il y avait mon père et mon frère également. Pendant longtemps on a fait beaucoup d’expéditions à trois. Bon il se trouve que maintenant nous ne sommes plus que deux avec mon frère, mon père faisant autre chose. Mais c’est… Oui, ça a toujours été une passion, un partage en famille.

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